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Inforisque - Et si l'on se souciait aussi de la santé des patrons ?
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Risques pour l'Homme au travail

Et si l'on se souciait aussi de la santé des patrons ?

Publié le

“Il y a plus de statistiques sur la santé des baleines bleues que sur celle des entrepreneurs.” C’est par cette boutade qu’Olivier Torrès, professeur à l'Université de Montpellier Sud de France présente l’ouvrage qu’il vient de consacrer, avec d'autres auteurs, à la santé des dirigeants d'entreprises.

La souffrance patronale déniée

Pour ces chercheurs, à côté de la souffrance salariale, il existe aussi, dans les PME et TPE, une souffrance patronale dont ils déplorent qu'elle soit souvent déniée. “Quand un salarié se suicide à France Télécom ou au Technocentre de Guyancourt, la ‘une’ des journaux traite l'information comme un fait de société. Quand c’est un patron, artisan ou commerçant, c'est un fait divers. Pourquoi une telle différence de traitement ?”, s'insurgent-ils.

Selon eux, ce déni s'explique avant tout par des biais idéologiques. “La plupart des travaux consacrés à la souffrance au travail […] laissent supposer que le patron est le bourreau. Appréhendé dans un contexte où la souffrance résulte d'effets de domination, le patron, dominant, ne peut donc souffrir”, expliquent-ils.

Mais ce déni provient aussi des dirigeants de PME eux-mêmes. Ils rechignent à avouer leurs souffrances, en raison cette fois de l'idéologie du leadership, véhiculée par les business schools anglo-saxonnes, qui les présente sous les traits de héros invulnérables. “Les patrons s'enferment ainsi dans une image narcissique qui les survalorise. Parler, et donc reconnaître ses souffrances, serait dissonant.”

D'autres raisons, plus techniques, contribuent aussi à placer la santé des entrepreneurs dans un angle mort. Ainsi de l'organisation de la médecine du travail qui s'intéresse presque exclusivement aux salariés. Si bien que seuls les quelque 170.000 dirigeants ayant un statut de salarié sont assujettis à la médecine du travail. Or, il s'agit d'une infime minorité comparativement aux presque 2,5 millions de travailleurs non salariés que l'INSEE dénombre en France. Pis ! Cette catégorie est la plus hétérogène qui soit : on y trouve aussi bien des commerçants que des artisans, des professions libérales que des dirigeants d'entreprises de toutes tailles.

Les patrons aussi tombent malades

Or, lors de leurs missions sur le terrain, les intervenants de Point-Org-Sécurité - comme d'ailleurs les inspecteurs et les médecins du travail - constatent chaque jour que cette diversité de situations n'est pas neutre en termes de risques pour la santé. Leur constat : de nombreux patrons ne sont pas épargnés par les pathologies professionnelles qui frappent aussi les salariés. En raison des responsabilités qui sont les leurs et souvent d'un relatif isolement, de nombreux patrons souffrent sont fortement exposés aux risques psychosociaux : stress, surmenage, burnout… Et dans les structures de petites tailles, ils sont souvent soumis aux mêmes risques physiques que leurs salariés, pour la simple et bonne raison qu'ils effectuent les mêmes tâches qu'eux. Le patron d'une entreprise de maçonnerie continue le plus souvent à manier lui-même la truelle !

L’exemple du document unique.

Dès lors comment ne pas approuver Olivier Torrès lorsqu'il demande que la santé des dirigeants fasse l'objet d'une plus grande attention de la part de la société et des institutions ? Du reste, c’est déjà l'attitude qui prévaut s'agissant du document unique d'évaluation des risques professionnels. En décidant que toutes les entreprises devaient élaborer un tel document - y compris les entreprises unipersonnelles - le législateur a voulu signifier qu'il accordait une égale attention à la santé de tous les travailleurs, sans considération pour leur statut. C'est là une façon de faire dont il faudrait, sans aucun doute s'inspirer. Parce que la santé d'un patron mérite autant considération que celle d'un salarié.

(1) La santé du dirigeant. De la souffrance patronale à l'entrepreneuriat salutaire, Editions de boeck, juin 2012.

Auteur : La rédaction de Point Org Sécurité

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